Boule puante

Bonjour à toutes et à tous !

Mes excuses pour ce délai si looong sans publication… Internet me jouait des tours chez moi et publier depuis mon téléphone n’est pas pratique du tout. Mais me revoici !

Et je reviens avec un tout petit texte court, un peu mélancolique, pas du tout en accords avec ma bonne humeur ambiante de ces temps-ci, mais qui vaut (peut-être ?) la peine d’être partagé.

Bonne lecture !

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Boule puante

J’émerge au son du réveil de mon téléphone. Je me lève doucement, sort du lit et file à la salle de bain. Mon teint est plutôt pâle en cette fin d’hiver. Rapide toilette. Je passe ensuite à la cuisine pour un petit déjeuner. J’allume la radio et les nouvelles s’égrainent. Mauvaises pour l’écrasante majorité. Des morts dans un énième attentat énumérés, des migrants repêchés, des affamés délaissés, des sans-abris gelés… Leurs visages défilent dans mes pensées, vus hier soir aux infos. Leurs histoires je les connais par cœur, comme tout le monde. Leurs maux sont les miens le temps du reportage, de la chronique, le temps d’entendre les chiffres et les données alarmantes. C’est le moment de partir au travail. Je prends les transports. J’attrape le magazine « d’infos » distribué gratuitement. Une anxiogène. Sujets insipides. Articles sans fond. La misère partout. Et un reportage sur une famille qui n’a plus de quoi manger à sa faim le 20 du mois. Je m’assois. Un homme s’arrête devant moi, je ne l’avais même pas remarqué. « Bonjour Messieurs Dames, je suis à la rue et sans travail, auriez-vous un euros ou deux pour manger ? ». Main tendue vainement. Une jeune fille, 16 ans tout au plus, sera la seule de la rame à lui donner quelques pièces. Mon arrêt, je descends.

Lorsque je me lève, je sens un poids. C’est quelque part entre mes épaules et mon ventre. Un truc lourd, dur à porter. Comme si toute la peine entendue et vue depuis mon réveil avait formé une boule gluante et collante, accrochée dans mon dos ou sur mon estomac.

En remontant les marches vers la surface, un jeune homme, semble-t-il sans abri, fait la manche avec une pancarte. Même message que dans le métro il y a un instant. Plus haut, une femme sans âge, jeune mais qui paraît si vieille, si sale, si misérable. Un bébé dans les bras, elle chante une complainte en tendant un gobelet pour quémander une pièce. Je la regarde et lui souris. Son regard ne change pas, empli de milles maux, mort de faim, de froid, implorant la pitié et soulignant la dissonance de mon sourire.

Et cela devient trop. La boule puante toujours accrochée derrière moi est encore plus lourde. Elle pèse sur ma respiration. Je suis oppressée par tant de pauvreté, de malheurs. Je vais fondre en larmes. Les cris et les pleurs de tous ces gens, ces enfants, résonnent dans ma tête, s’amplifient, plus rien ne les arrêtent. C’est une vague déferlante de sanglots qui va m’emporter. C’est l’ouragan de leurs vies brisées. C’est ma culpabilité qui gifle mes joues, lacère mon dos, brûle mon ventre.

Mais je suis maintenant dans la rue. Le soleil brille. Un morceau de la chose qui pèse sur moi s’y accroche pour me délester. Je prends un chocolat bien chaud au café du coin. Le poids est déjà un peu moins lourd. Je passe devant cette boutique. La robe que je convoite y est toujours. J’y ferais un saut en sortant du travail. En pensant à ça, mes épaules se relèvent doucement. J’achète des croissants pour les collègues. Je fête l’achat de ma maison avec eux ce matin. Le poids s’est envolé totalement, avec lui les images et les sons qui dérangent. Jusqu’à la prochaine nouvelle terrifiante devant laquelle je détournerais surement les yeux.

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Ça va, je ne t’ai pas trop sappé le moral ? Si tu m’en veux, dis le en commentaire !

2 réflexions sur “Boule puante

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