Chaleur – Chapitre 3

Hey !

Je pars en vacances pour une semaine ! On décolle demain, direction le Portugal, histoire de prendre une petite dose de soleil, de morue et de sels marins pour tenir jusqu’à la fin de notre hiver. 

Je ne posterais donc pas de textes la semaine prochaine… Mais je vous laisse avec le dernier chapitre de Chaleur ! Pour les retardataires, le début c’est ici.

Bonne lecture à tous !

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Chaleur – Chapitre 3

A partir de 18 heure, la température redevient supportable. Aubain s’est réveillé et nous sommes descendus au bord de la piscine. D’abord seuls, nous avons été rejoints petit à petit par le reste de la famille. Solène et Julie sont arrivées les dernières, les bras chargés de boissons fraîches. Nous papotons sous le soleil qui entame sa descente vers l’horizon. Paul, Cédric et les deux grands monopolisent la piscine pour une partie de water-polo improvisée. Claire et Emma suivent les actions en haussant les sourcils dès qu’un mouvement brusque les éclabousse. Les trois plus jeunes garçons sont tantôt spectateurs, tantôt participants, surtout occupés à rigoler des gros mots et insultes que se lancent leurs aînés. Derrière mes lunettes de soleil très opaques, je peux suivre la conversation avec ma sœur et son amie, tout en gardant un œil sur les hostilités en cours dans la piscine. Cédric et Paul, la quarantaine bienheureuse, sont encore de bels hommes, entretenus par une petite dose de sport chaque semaine et une alimentation stricte en dehors des weekends et vacances. Mais tout de même, à côté de mon fils et Gabin, ils perdent de leur superbe. Ce dernier n’est visiblement pas adepte du short de bain puisqu’il arbore, toujours sans gêne, son boxer moulant. Regarder son corps se tendre et se détendre au fil des tirs de balle, sauter hors de l’eau, plonger, ressortir en plaquant ses boucles sur sa tête, tout cela est un délice. L’eau perle sur son torse et son visage et les rayons du soleil viennent déposer des paillettes sur ce tableau digne d’un shooting de mode. Mon fils, lui aussi, est athlétique et beau. Mais c’est mon fils et je le regarde avec l’admiration et la tendresse d’une mère. Alors que Gabin… Je repense à nos échanges d’hier soir à propos de regarder des jeunes hommes et me ressaisie. Je reviens à notre conversation entre filles dont j’avais perdu le fil je l’avoue, quand Julie justement me prend par surprise : « Hey Cécile, arrête un peu de mater les garçons, coquine ! ». Je me demande furtivement si elle a réellement remarqué mon étourdissement ou si elle dit ça par pure plaisanterie. Je lui réponds en riant : « Ahah ! Comment résister, regarde-moi ces corps de demi-dieux ! Paul surtout est vraiment héroïque, avec cette petite bedaine à pastis si excitante ! ». Je lui tape sur la cuisse pour finir de la taquiner et avale une gorgée de rosé pour paraitre détachée. Mais je retourne rapidement au spectacle : Cédric et Gabin sont sortis de l’eau pour récupérer le ballon et s’affrontent au bord de la piscine. Mon beau-frère a la balle dans la main, le jeune homme essaie de la lui reprendre sans tomber à l’eau, sous les encouragements de leur équipier respectif et des enfants qui hurlent de l’autre côté du bassin. A chaque mouvement de Cédric, Gabin pare en sens inverse, ses muscles se bandent et un nouveau profil de statue grecque se dessine. Il doit maintenir son équilibre, le sol est glissant, et garde donc ses abdominaux gainés, ses cuisses tendues pour ancrer son corps au sol. Il ébroue le haut de son corps de temps à autre pour évacuer les gouttelettes qui le dérangent. Il attrape Cédric par les épaules et, dans un dernier effort, le fait basculer dans l’eau avec le poids de son propre corps. Tout le monde est éclaboussé au bord de l’eau et nous éclatons de rire de bon cœur en applaudissant les guerriers.

« Gabin, tu saignes on dirait ! », s’écrie Jules en pointant le pied de son ami qui répand en effet un filet rouge dans la piscine. Le jeune homme sort de l’eau, pour constater qu’un morceau de peau assez conséquent d’un de ses orteils s’est fait la malle. Ca saigne abondamment. « Jules, tu sais où est la trousse à pharmacie ? Accompagne Gabin se soigner ! – J’en sais rien moi où est la pharmacie maman ! Tu veux pas lui montrer toi ? », me rétorque-t-il. Il n’a pas envie d’interrompre sa baignade, même pour son pote visiblement. « J’y vais Célie t’embête pas. », s’empresse ma sœur. « Non, ne bouge pas, je sais très bien où elle est, je l’accompagne. », je conclus en me levant un peu trop rapidement. Gabin me suit jusque dans la maison. Son pied saigne beaucoup, on peut le suivre à la trace, il faudra nettoyer tout ça. Je l’emmène jusque dans la plus grande salle de bain, située vers les chambres des enfants. Dans un placard en hauteur se trouve une trousse à pharmacie digne d’un navire de guerre : Bétadine, mercurochrome, compresses stériles, pansements par centaines, bandes de maintien, crème cicatrisante, strips, … Il n’a pas besoin de tout ça mais il faut quand même désinfecter et bander. Je pose tout ce qu’il faut sur l’évier tandis qu’il s’assoit sur le rebord de la grande baignoire. Gabin s’empare du désinfectant et d’une compresse. « Je vais le faire, attend, n’y touche pas va. – Vous êtes sûre ? C’est gentil mais je peux le faire seul vous savez… – Non vraiment, c’est sous ton orteil, ce n’est pas pratique du tout, je vais m’en charger. ». Il se laisse finalement faire. Je m’accroupis devant lui et prend son pied dans mes mains. Ma peau qui était en train de cuire au soleil est bouillante, contrairement à la sienne qui baignait dans l’eau fraîche. « Ouille, c’est pas joli… Tu le sécheras bien après chaque baignade sinon ça ne cicatrisera jamais ! ». Je lui applique le désinfectant en tapotant avec une compresse. Il ne bronche pas alors que cet endroit, à la plissure de son orteil, doit être particulièrement sensible, et que le désinfectant n’est pas doux. J’appose une compresse propre et repliée plusieurs fois sur sa plaie et fixe le tout avec un ruban adhésif. Mes gestes sont lents et sûrs. Je prends mon temps. D’où je suis, je perçois son odeur : encore dans l’adolescence mais déjà un homme, sa peau a des essences d’innocence et de virilité mélangées. Au niveau de sa cheville que je maintien pour accéder à sa blessure, la peau est très fine, clairsemée d’un duvet doux. Ce contact est très agréable. Je me perds dans mes pensées et je me rends compte que le silence est complet depuis que j’ai commencé le pansement. Je relève la tête et croise son regard. Il me fixait. Il ne baisse pas une seconde les yeux, alors que je suis troublée de trouver son visage baissé sur moi de cette façon. Il me sourit tendrement, sans dire un mot. Cela ne dure probablement qu’un instant furtif, mais j’ai l’impression que le temps s’allonge et que je plonge dans ses yeux. Je suis à deux doigts de me liquéfier lorsque je me ressaisi : « Ça devrait aller comme ça, ça va tu n’as pas trop mal ? – C’est parfait, merci beaucoup, vous avez fait ça super bien, une vraie infirmière ! – Oh merci ! C’est facile après trois enfants tu sais ! », je lui dit en rigolant, encore perturbée. « Nan vraiment, vous êtes très douce, vous faites attention à ne pas faire mal et tout… Vous auriez pu être dans le médical vous savez ! Vous êtes chef c’est ça ? – Oui c’est ça, chef à domicile. – Jules m’a dit oui, il m’expliquait que vous aviez des horaires un peu décalés à cause de votre job. ». Je range la trousse à pharmacie tout en poursuivant. « Oui c’est vrai ! Malheureusement ou heureusement ! Et toi, tu veux être médecin alors ? Tu sais déjà quelle spécialité t’attire ? ». Jules et lui sont à la fac de médecine. « Oui, j’aimerais être urgentiste, ce sont les stages que j’ai préféré en fait. – Eh bien, belle ambition, un beau métier, utile en plus, c’est super ! Je ne doute pas de ta réussite ! ». Je lui tournais le dos pendant ce court échange, affairée sur l’évier et dans le placard. Lorsque je me retourne, son regard est en train de remonter le long de mon corps, comme s’il venait de me « mater » de haut en bas. Je suis en maillot de bain deux pièces, un paréo noué sur les hanches. Il vient de voir que je m’étais rendue compte de ce qu’il faisait mais, comme toujours, il ne cille pas, imperturbable, son regard pénétrant toujours plus dans le mien. « Alors, c’est fini ce gros bobo, mauviette ? ». C’est Jules qui vient de faire irruption dans la salle de bain, en trombe. « Eh qu’est-ce que vous faites tous les deux, des messes basses ? Gab’, elle t’a pas arraché des infos confidentielles à propos de nos vacances j’éspère ? – Ahahah, non ne t’inquiète pas, c’est moi qui lui tire les vers du nez ! ». Ils se dirigent tous les deux vers la sortie, je me retrouve seule et perçoit la fin de l’échange : « Ah ouais ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Sur quoi tu la questionne ? Sur moi ? – Ouais, elle m’a raconté un gros dossier… ». Ils viennent de passer le couloir, je ne les entends plus. Je rougis. J’ai l’impression d’avoir été prise en flagrant délit d’amourette par mon fils. Il n’en est rien évidemment, mais la façon dont Gabin me regardait est troublante. Je ne pense pas m’être trompée, il me regardait avec du désir.

Ces secondes volées m’ont toute retournée. Je ne retourne pas directement à la piscine mais m’arrête dans la cuisine pour un boire un grand verre d’eau fraîche. Le rosé, bu en plein soleil au bord de la piscine, m’a surement tourné la tête. Claire et Emma entrent dans la pièce. « Maman ? Tu redescends pas à la piscine ? Nous on va se poser dans notre chambre. – Ok ma puce. Je reste un peu ici au calme moi, j’ai un mal de crâne qui commence… – Dac. », finit-elle en me posant un bisou sur la tempe. Ma migraine ne passe pas mais je ne veux pas rester inactive et commence donc à préparer une salade pour le repas de ce soir. Quand ma sœur et Julie arrivent dans la cuisine, je finis de couper des tomates. « Ben alors, tu t’es mise aux fourneaux ? C’est les vacances hein, pas de boulot ! – Ne t’inquiète pas, j’essayais juste de m’occuper l’esprit qui commençait à être embrumé par la chaleur », je réponds à Julie. Celle-ci se joint à moi pour la préparation, tandis que Solène monte se rafraîchir avant le repas. Peu à peu, tout le monde se retrouve dans la cuisine à nos côtés, les ustensiles et les plats passent de mains en mains, la vinaigrette est montée, les salades composées, la viande assaisonnée, et le repas du soir est vite prêt.

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