Chaleur – Chapitre 5

Il fait beau, il fait (presque) chaud ! Cécile vous emmène donc à la plage pour la suite de Chaleur

Bonne lecture !

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Chaleur – Chapitre 5

Toc toc toc.

Toc toc toc.

Toc toc toc toc. « Cécile, tu dors encore ? On part dans dix minutes ! Tu t’es pas réveillée ?! Si on traîne on trouvera pas d’endroit tranquille, les plages seront déjà prises d’assaut ! Lève-toi ! ». Ma sœur vient de débouler dans ma chambre après ses petits frappements de sommations… Elle ouvre d’un grand coup les rideaux et donne ainsi aux rayons du soleil un accès direct à mon visage et mes yeux encore endormis. Je n’ai pas entendu mon réveil. Mon téléphone a dû rester dans mon sac à mains. Pas de soucis, je n’ai qu’à enfiler un maillot de bain, un short et un t-shirt et je serais prête. Elle a probablement préparé les enfants à ma place, je ne me fais pas de soucis pour ça. Pas le temps pour une douche, je ne veux pas mettre tout le monde en retard. Je me passe quand même un filet d’eau fraîche sur le visage, vérifie rapidement le contenu de mon sac, déjà optimisé pour les vacances et la plage, j’attrape une serviette de bain et descends en trombe dans la cuisine. « Je suis prête ! », je m’écris en bas des marches. « Maman ! On attend plus que toi, qu’est-ce que tu faisais ! Chloé m’a préparé mon sac pour la mer et mis ma crème solaire ! – Waouh, quelle super grande sœur tu as là mon cœur ! Merci ma grande, merci, j’ai eu une panne de réveil, tu assures ! », je remercie ma fille avec une bise sur la tête et attrape une orange et un pain au chocolat qui ont survécu aux repas des lève-tôt, ils me tiendront lieu de petit-déjeuner dans la voiture. Heureusement, je ne conduis pas. Les grands montent dans la voiture de Gabin, les petits montent avec Julie et Solène dans la voiture familiale de ma sœur, et je monte avec Cédric et Paul qui conduit le pick-up, le kayak et les glacières chargés à l’arrière.

« Eh beh, on a eu un sacré orage cette nuit hein ! – Punaise, m’en parle pas ! Le bruit de mes volets qui claquaient au vent m’a réveillée… », je réponds à Paul. « C’est cool que ça ait pas réveillé les gosses en tout cas, pour rendormir Antoine quand il a peur d’un truc c’est le parcours du combattant ! », rajoute Cédric. « En tout cas, y en a deux qu’ont dû bien dormir, hein Cécile ? ». Paul me pose la question, semble-t-il rhétorique, avec un petit sourire en coin, sans que je sache s’il est moqueur ou ironique… « De quoi tu parles ? Moi j’ai dormi comme un bébé après cette histoire de volets hein… – Oh arrête ! Tu es descendue leur parler au bord de la piscine avant d’aller te coucher, t’as forcément senti l’odeur qui les suivait ! ». Ouf. J’ai cru pendant un court instant, qu’il me parlait de ce moment étrange passé avec Gabin dans le salon. « Aaah ! Ah oui, oh tu sais, je ne leur ai rien dit… Jules est raisonnable, il doit fumer uniquement de temps en temps. Je vais surveiller ça en douce mais à mon avis j’ai pas à m’inquiéter. – Oui c’est clair que c’est un bon gars, t’en fais pas pour ça. Après faut juste suivre de près quoi, ça peut facilement partir en vrille, avec les mauvaises fréquentations ou quoi… Mais Gabin ça à l’air d’être un bon gamin aussi ! ». Cédric intervient : « Ouais ben fait quand même gaffe que ça arrive pas aux oreilles de ta sœur hein. Si elle l’apprend, elle va convoquer un conseil de famille. Jules se fera taper sur les doigts et toi aussi ! ». J’éclate de rire. Il a bien raison. « Je crois que Jules sait autant que moi ce qu’il peut dire ou non à sa tante, t’en fais pas ! ». On continue à en rire un moment puis la route se fait plus silencieuse jusqu’à l’arrivée au petit port qui nous sert de parking. J’ai le temps de déguster mon encas et de fermer un peu les yeux en mettant mon visage au soleil, déjà chaud malgré l’heure matinale.

Le reste des troupes s’est garé dans la pinède, pour un accès plus direct aux sentiers qui mènent aux criques. Cédric connaît le chemin qui mène aux plus tranquilles d’entre elles. Solène aussi, et elle a guidé la petite famille. Nous les retrouvons donc après une petite dizaine de minutes de ballade entrecoupées de passages escarpés. L’endroit qu’ils ont choisi est parfait pour y passer la journée. Un pin qui a poussé à l’horizontale, comme appelé par la mer, nous assure un peu d’ombre pour toute la journée. La plage est assez grande pour notre groupe mais assez petite pour dissuader d’autres touristes de la partager avec nous. La mer est calme mais un peu chargée de bois et algues flottants, surement soulevés et transportés par la tempête de cette nuit. Il y a un peu de sable pour poser les serviettes, quelques galets sur le côté gauche pour les adeptes du massage aux pierres chaudes et à droite un enchevêtrement de rochers assure de belles découvertes de crabes, petits poissons et autres coquillages pour occuper les explorateurs dans l’âme. Solène et Julie ont déjà aménagé l’espace en disposant serviettes, glacière et parasol. Ma fille et son amie se sont mis un peu à l’écart, surement pour pouvoir papoter en secret. Je ne vois pas les serviettes de Jules et Gabin… Ils sont déjà dans l’eau ! Ils n’ont pas dû prendre le temps de s’installer. Paul, Cédric et moi nous faisons une place dans ce petit campement. Et bien entendu, voilà Aubain qui sort de derrière un rocher, ses cousins suivant juste derrière. « Maman ! Regaaaaarde ! », hurle-t-il en cavalant dans ma direction. Je distingue au dernier moment ce qu’il tient du bout des doigts : un petit crabe ! « Aaaah ! Lâche ce truc loin d’ici, hors de question que je le retrouve sur ma serviette hein ! – Ahahah ! Ok maman, je vais le remettre où je l’ai trouvé, dans le slip d’Antoine ! ». Il éclate de rire et prend son cousin en chasse. Paul les suit pour garder un œil sur eux. Je peux alors m’adonner à mon sport préféré, la bronzette, en bouquinant tranquillement. Une bonne demi-heure après notre arrivée, les deux apollons sortent enfin de l’eau. Je n’ai pas l’occasion de jeter un œil au boxer moulant de Gabin puisque je me suis allongée dos à la plage. Mais je suis rapidement au fait de leur approche puisque Jules s’allonge sur mon dos, recouvrant mon dos brûlant de l’eau de la Méditerranée qui me semble alors glacée. « Brrrrr ! Jules ! Va-t’en ! Saleté ! – Dis donc, tu repousses ton fils qui veut seulement te faire un câlin ! », s’offusque t’il ironiquement. « File ! Tu as passé l’âge des câlins ! Et tu vas faire claquer mon vieux cœur avec tes chocs thermiques ! ». Il sort sa serviette d’un sac ainsi que celle de son pote et lui tend. « Tu exagère elle est super bonne ! L’orage a du faire remonter des courants chauds, elle est vraiment douce sans rire. – Je veux bien te croire, mais là c’est bronzette, et on n’interrompt pas un tel rituel ! ». Je tente de reprendre ma lecture quand je m’aperçois qu’il dispose sa serviette contre la mienne. « Je peux partager ta séance de bronzette maman ? – Avec plaisir mon chéri, viens donc papoter avec ta pauvre mère à qui tu manques tant ! ». Je vais enfin l’avoir pour moi un moment. Presque juste pour moi car Gabin s’assied à côté de lui… Jules commence à me raconter quelques histoires de ses vacances, j’en fais de même. Il est resté assez proche de moi, comme de son père d’ailleurs, malgré son âge, et cela me ravit.

Mon fils me raconte donc que Gabin et lui ont passé la semaine en camping, accompagnés de deux amies de la fac, Marina et Asma. Cette deuxième revient souvent dans ses paroles. Je crois avoir déjà entendu son prénom à plusieurs reprises à la maison d’ailleurs. J’essaye de détourner la conversation pour en savoir plus… « Et, du coup, vous dormiez en tente ? Tous ensembles ? Ça n’a pas gêné les filles de dormir avec deux lascars comme vous ? – Ahah, maman ne fais pas l’innocente ! Sache qu’on avait deux tentes, une pour les filles et une pour nous. Mais s’il te plaît, ne fais pas comme si tu pensais que des nanas de vingt ans étaient gênées de dormir avec des mecs… C’est fini le Moyen Âge et tu le sais très bien, n’est-ce pas ?! ». Telle est prise qui croyait prendre, Jules n’est pas dupe et ma question était bien mal amenée… Je change de sujet en lui demandant de me raconter leur sortie en bateau à la pêche au gros. Il mentionne beaucoup plus Asma que Marina mais sans évoquer un quelconque rapprochement. Je ne sais pas trop quoi en penser car s’il y avait quelque chose avec elle, il me l’aurait surement déjà dit. Mais je meurs d’envie de poser franchement la question… La dernière fois que Jules a ramené une fille à la maison, c’était au collège, alors je commence à m’impatienter de le voir épanoui en couple ! Zut, j’ai perdu le fil, je ne l’écoutais plus pendant un instant. « … quand Gabin a sorti le requin, on est devenus fous ! C’était complétement dingue, le truc devait faire dans les deux mètres, je te jure ! Et Gabin qui tirait sur sa canne, avec le pêcheur derrière lui qui le coachait en disant « Allez, allez ! Mouline ! Nan arrête ! Vas-y mouline à fond ! Tire ! », on était en haleine et là bim, le requin sort de l’eau au bout de la canne ! Asma a hurlé quand elle l’a vue, avec la trouille qu’elle a de ces machins… C’était trop bien ! ». J’ai repris le court de cette histoire folle et je ne suis visiblement pas la seule. « Ouais, t’en rajoute quand même… Le requin devait mesurer un mètre cinquante max… »,  ronchonne Gabin en tournant sa tête vers nous alors que je le croyais endormi sur sa serviette depuis quelques minutes. « Nan nan, tu fais le modeste, il était plus grand que moi, c’est sûr ! », renchérit Jules avec enthousiasme. « Eh bien ça devait être un sacré spectacle ! Et toi, tu as sorti une belle bête aussi ? – Bof, tu parles, un petit thon de moins d’un mètre, c’est rien comparé au squale de Gabin ! – Arrête un peu, il a eu de la chance, rien de plus ! », je lui répond en jetant un clin d’œil complice à Gabin. Je me reprends aussitôt quand je vois sa réaction : il n’a pas l’air d’avoir compris mon intention… « Maman, j’ai vu ton clin d’œil, arrête d’essayer d’être gentille, j’aurais pu choper bien plus gros, mais ils cassaient ma ligne à chaque fois… ». Jules, lui au moins, a compris le sens de ma plaisanterie…

Nos bavardages sont interrompus par Solène qui nous somme de venir pique-niquer, et dans la famille, on sait tous que ne pas répondre à un appel à table de tata Soso, c’est jouer avec sa vie ! Le repas sur le pouce est délicieux et tout de même frugal, une petite sieste s’impose pour tout le monde après le melon en dessert. Aubain vient tout naturellement sur ma serviette, désormais à l’ombre du pin, pour s’y endormir contre moi. Malgré la chaleur, l’air circule et je supporte bien le petit corps chaud de mon fils contre mon ventre. Je m’endors à ses côtés. Je me réveille une petite heure plus tard, sans mon fils cette fois-ci. Il joue plus loin, à l’ombre des rochers, avec ses cousins. Les grands sont tous à l’eau, même ma sœur et Julie d’habitude si frileuses. Je m’étire un instant et me dirige vers la mer toujours si calme. « Allez, à l’eau la mamie qui sieste ! », me crie Paul. Le sable est tiède sous mes pieds, je ferme les yeux, éblouie par la forte lumière, et les odeurs m’enivrent : le parfum âcre de la mer, la sève puissante des pins, la douceur chimique de la crème solaire sur ma peau, même la plage a une odeur chaude. Je rentre doucement dans les vaguelettes, la température est très agréable, juste ce qu’il faut pour se rafraîchir sans avoir froid. Je barbote un moment. « Les garçons ne sont plus là ? », je demande à ma sœur. « Ils sont allés chercher le canoë à pieds et devraient arriver bientôt, cela fait une bonne demi-heure qu’ils sont partis. ». Nous sortons les uns après les autres de l’eau, revigorés, et voyons finalement débarquer le canoë chargé des deux acolytes. Paul et Cédric décident alors de jouer la revanche de la piscine en attaquant l’embarcation pour couler les jeunes.

Après cette bataille épique, à laquelle Clarisse, Emma et les enfants ont eux aussi pris part, mais sans réel vainqueur, les activités des uns et des autres se font plus calmes jusqu’au moment où, le soleil ne parvenant presque plus jusqu’à notre crique, l’heure du départ arrive. Jules et Gabin se mettent en route un peu avant nous, pour ramener le canoë par la mer. Aubain fait le retour sur les épaules de Paul, Léo sur celles de son papa. Nous retrouvons les grands au parking et tout le monde monte sans broncher dans les voitures pour rentrer, fourbus, à la maison.

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Ça donne envie de se promener pieds nus dans le sable chaud n’est-ce pas ?

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