Dans le noir

A lire après 22h, au fond de son lit, la lumière éteinte de préférence…

Bonne lecture !

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Dans le noir

Je me réveille engourdie. Je tourne doucement la tête à gauche puis à droite, ma nuque est très raide et douloureuse. Je ne sais pas vraiment où je suis. Dans mon lit ? Non, le sol est dur et il fait frais. Ça sent l’humidité. Je ne vois rien. Je veux porter mes mains à mon visage pour me frotter les yeux mais mon mouvement est stoppé net. Mes poignets sont attachés, de part et d’autre de mes hanches, mes bras étendus le long de mon corps. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Je ne peux même pas dire ce qui les maintient ! Du plastique peut être car les liens ne sont ni en cordes ou tissu, ni en métal, et lorsque je tire dessus ça ne fait pas de bruit. Ça fait mal par contre, les liens sont serrés. J’y comprends rien. Et je suis dans le noir complet. J’écarquille mes yeux. Pas le moindre rayon lumineux. Où est-ce que je peux bien être ? Comment je me suis retrouvée là pour commencer ? Je ne me rappelle pas m’être couchée… Ah je descendais les poubelles ! Oui c’est ça, j’ai pris les sacs trop remplis qui envahissait le balcon et je suis descendue par l’ascenseur. Je traversais les garages en sous-sol, j’allais ouvrir le local à ordures et après… Je ne sais plus. Sûrement Rémi qui m’a fait une mauvaise blague. Il a dû vouloir me faire peur et ça a tellement marché que j’ai perdu connaissance… Ça ne tient pas vraiment la route mais j’essaye de me rassurer un peu car je commence à paniquer. Pourquoi suis-je attachée ?!

« Y a quelqu’un ?! ». J’ai hurlé, malgré moi. L’écho provoqué par ma voix me fait penser que je me trouve dans une pièce relativement grande. Pas de réponse… Aucun bruit. Toujours aucune lumière. Cette absence totale de repères me fait légèrement tourner la tête l’espace d’un instant. Je pourrais aussi bien être debout qu’allongée. Mais non, je suis couchée, la gravité me rappelle à l’ordre. J’essaie de bouger mes jambes. Elles sont libres et bougent sans problème. Je porte toujours mes chaussures. Je ne pourrais pas dire la nature du sol, mais il est dur et ferme, comme un béton ou un plancher. Ma tête, elle, repose sur quelque chose de plus mou, un coussin ou une couverture.

Je commence à avoir vraiment peur. Ce ne peut pas être une blague, cela va trop loin. Alors quoi ? Je suis retenue prisonnière par un psychopathe ? Un violeur ? Je suis soudain terrorisée. Je vais mourir, on va me torturer et je vais mourir, comme dans un mauvais film d’horreur. Je crie de toutes mes forces : « Au secours ! Y a quelqu’un ? Au secours ! À l’aide ! Venez m’aider ! ». Toujours rien. Je frissonne, il fait vraiment frais, s’il ne faisait pas si noir je dirais que je suis dehors. Impossible, le silence épais me le rappelle lui aussi. Je tente à nouveau de forcer sur ce qui retient mes poignets mais cela me fait très mal.

Un son. Il y a eu un bruit. Et je suis presque sûre que ce n’est pas moi qui l’ai fait en tirant sur mes liens. Qu’est-ce que c’était ? Impossible de le dire et le silence est de nouveau de plomb. Je retiens ma respiration de longues secondes, à l’écoute du moindre bruit. Mais plus rien. Ma tête bourdonne et je me mets à entendre le bruit de mon pouls dans mes tempes. Je ne vois rien, n’entends plus rien, je ne peux pas tâtonner avec mes mains… Mais je capte une odeur. L’air est humide et frais. Et ça sent le renfermé. Une cave, cela sent la cave. Ça y est, c’est certain, un taré m’a attrapée, il va me violer puis me tuer, je vais crever. Je me mets à hurler comme une folle, pendant un long moment qui me paraît une éternité : « Au secours ! Venez m’aider ! Au secours ! Je suis attachée, au secours ! Je vous en prie, y a quelqu’un ? Au secouuuuurs ! ». Lorsque je me calme enfin, j’ai le souffle coupé, mes poumons sont en feu, j’ai du mal à respirer. Je n’entends plus que le bruit de ma respiration, bien trop forte.

C’est là que ça me touche. Comme une caresse sur ma cheville. Furtivement. Un impact si léger que je ne l’aurais probablement pas senti dans des conditions normales. Mais là j’en suis persuadée, quelque chose a effleuré ma cheville nue au-dessus de mes baskets. Je m’arrête net de respirer et retient mon souffle alors que mes poumons sont encore en feu de ma crise de hurlements. Qu’est-ce que c’était ? Je ne saurais pas le dire, quelqu’un ou quelque chose, je ne sais pas… Et toujours aucun bruit ni aucune lumière. Si. Un souffle. Il y a un souffle. Je le perçois difficilement. Je ne peux pas dire d’où il vient. Mais il y a un souffle près de moi. Je veux hurler mais j’en suis incapable, tétanisée, terrorisée. Je déglutis et il me semble que le bruit est extrêmement fort.

Soudain, on saisit mes deux chevilles et on tire mon corps brusquement. Je pousse un hurlement de terreur. Alors que je me croyais accrochée au sol, ce qui m’a attrapée me tire sur plusieurs mètres. Je pousse des cris horrifiés, je me débats en tirant sur mes jambes mais ce qui me tient ne me lâche pas. La prise est ferme, je ne pourrais même pas affirmer avec certitude que ce sont des mains qui me retiennent. Puis brusquement le mouvement est stoppé et mes chevilles sont relâchées. Je replie les jambes sur moi-même dans une tentative vaine de me recroqueviller, mais mon buste est maintenu au sol par mes poignets toujours attachés.

Alors, le souffle se rapproche. Je l’entends d’abord sur ma gauche puis sur ma droite. Et je le sens. Quelqu’un ou quelque chose respire à côté de moi, si près que je peux sentir son souffle sur ma joue, chaud et humide. Animal. Mes pensées s’emballent et deviennent complètement irrationnelles. Un monstre m’a attrapée et traînée dans sa tanière, je vais être dévorée vivante. Je me mets à pleurer, à sangloter. Je gémis et cela résonne. Des larmes coulent sur mes tempes. Là, doucement, quelque chose de visqueux se pose près de mon oreille. C’est chaud et mouillé. Une langue. Qui lèche mes larmes. Quelque chose est en train de lécher les larmes qui coulent de mes yeux. Je supplie : « Je vous en prie, ne me faites pas de mal, je ferais ce que vous voudrez mais ne me faites pas de mal… je vous en supplie… ». Aucune réponse, si ce n’est ce souffle bestial dans mon oreille et ce contact immonde et visqueux sur ma tempe qui lèche toujours mes larmes.

Mon cœur bat tellement vite qu’il pourrait bondir hors de ma cage thoracique à tout moment. Je l’entends alors. « Chhhhhhhuuuuuutttt » … « Chhhhhhhhuuuuutttt». Ce ne peut pas être une personne. Cela parle comme une personne mais ce ne peut pas être humain. Cela fait presque un bruit de serpent. Pourtant, ce qui ressemble bien à une main passe alors dans mes cheveux. Tout doucement, délicatement, presque amoureusement. Il fait nuit noire mais ce truc voit parfaitement puisque les gestes sont maîtrisés. Un frisson violent parcourt tout mon corps depuis mon crâne. Je pleure maintenant à gros sanglots mais ne dit plus rien. Je vais mourir. Je me surprends à penser que le plus vite sera le mieux. La main, aux doigts longilignes, parcourt toujours mes cheveux, quand une seconde vient effleurer ma joue. Je suis tétanisée. Soudain, il y a une troisième main. Elle passe sur ma gorge et se plaque sur ma bouche et mon nez. Je ne peux plus respirer. Je cherche désespérément de l’air, rien ne vient. Les secondes deviennent des minutes interminables. Je repense à ce moment où j’allais entrer dans le local à ordures. J’ai peut-être bien, avant de perdre connaissance, aperçu cette ombre qui m’a parue étrange, juste derrière moi. Pas humaine. J’ai voulue me retourner et c’est là que j’ai perdu connaissance. Un choc sur ma tête. Mais une voix me ramène à la réalité. « Ça va aller, ça va aller ma belle… Chhhhuuutttt ». Au moment où je perds connaissance il me semble que quelque chose vient de déchirer mon ventre d’un coup de mâchoire.

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Oups, il va falloir dormir la lumière allumée… !

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