Des yeux d’enfant

Bim ! Un mois d’attente les amis ! Et voici un nouveau texte, et devinez quoi, c’est même pas la suite de Chaleur ! Mais ça, ça ne saurait tarder… 

Je vous laisse avec ça pour le moment…

Bonne lecture !

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Des yeux d’enfant

Le temps est un peu trop frais pour ranger les manteaux, un peu trop humide pour les chaussures ouvertes, un peu trop gris pour les manches courtes. On se sert les uns aux autres dans les transports en commun. On trouve une place assise, à côté de la vitre, pour compter les gouttes qui perlent au dehors.

Et puis soudain, au hasard d’une concordance d’emploi du temps, après seulement un arrêt, on les aperçoit au dehors, sur le trottoir. On les entend avant même de les voir en réalité. Ils ne sont pas si nombreux mais dès qu’ils sont plusieurs ils crient, ils parlent fort, ils rigolent, ils vivent joyeusement. Serrés sous l’abribus, ils se ruent à l’intérieur lorsque les portes s’ouvrent. On se lève pour leur laisser la place, mais aussi et surtout pour ne pas se retrouver coincé entre deux d’entre eux. Il convient de les observer avec une petite distance.

Les visages sont ronds, un peu sales pour certains, la plupart souriants. Des plus petits groupes se forment, selon les places que chacun trouve, et on devine les liens d’amitiés plus proches entre certains. Trois petites filles parlent de leurs coiffures : « Ben moi je fais ma couette toute seule ! – Moi c’est ma sœur qui m’a coiffée mais elle sait pas faire les tresses comme maman… ». Un groupe plus loin échange des blagues : « C’est quoi la capitale de Tamalou ? Ben Jai-bobo-ici ! ». Explosion de rires sybillins, qui remplissent les oreilles et surtout le cœur.

Deux garçons, assis un peu à l’écart des autres, préparent un mauvais coup : « Eh, t’es pas chiche t’appuie sur le bouton pour s’arrêter maintenant ! – Pfff mais c’est pas là qu’on s’arrête ! – Beh justement, pas cap ! ». Le moins coquin a repéré qu’on le regardait, il est gêné. Ses yeux, immenses, infinis, ronds, comme des comètes, prennent la teinte de la honte, malgré le sourire complice qu’on lui tend… Le second le presse. « Alors t’es pas chiche ? Moi je le fais, t’as vu Sarah regarde même pas ! ». Un coup d’oeil vers la demoiselle qui les accompagne lui confirme que son attention est toute détournée par un nez à moucher. Les yeux noirs sont perdus. Il ne veut pas perdre la face. Il ne veut pas décevoir son copain. Il ne veut pas rompre la petite complicité construite avec nous. Il ne veut surtout pas se faire gronder par Sarah, qui sent si bon et qui a la peau tellement douce. On le regarde, droit dans le fond de ses yeux si innocents et, lâchant un clin d’oeil qui scellera un pacte obscur de la bêtise, on appuie sur le bouton. Le chenapan qui forçait notre complice n’a rien vu de notre manège, la stratégie secrète est bien gardée. Pour récompense de notre vaillant courage, on recevra un sourire. Et quel sourire !

 

On peut lire sur leur visage à tous, lire dans leurs yeux. Pas besoin de décodeur, les émotions sont brutes, vraies, rarement cachées. On peut se perdre dans l’immensité innocente de leur regard. Y voir des joies que nous, adultes, ne connaissons plus que rarement. Il est possible aussi de trouver de la peine dans leurs yeux et on a alors le sentiment que leurs maux d’enfants sont les plus lourds du monde à porter. Mais surtout, on peut y lire les rires qui accompagnent une bonne bêtise, le bonheur qui suit une session de tendres câlins, la tendresse enfantine d’un bisou collant de bave, l’amour sans faille à papa et maman, les éclats de rires gras provoqués par les chatouilles, la curiosité infinie pour les choses nouvelles et tout ce que le monde leur propose à découvrir, des colères rageuses face à l’injustice du partage des jouets, des questions sans cesse, des questions sur le pourquoi du comment du où et du qui, des questions auxquelles on trouve toujours une réponse, et tant pis si ce n’est pas vraiment la bonne, ils la trouveront d’eux même bien trop tôt…

J’espère lire tout ça un jour dans tes yeux. En retour, tu liras c’est certain, un amour plus grand que les étoiles et l’univers.

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Un petit peu d’amour en commentaire, ça fait pas de mal !

Une réflexion sur “Des yeux d’enfant

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