Il aime regarder les filles

Il aime regarder les filles. Les voir se mouvoir dans la rue, certaines comme des félins, d’autres comme des oiseaux timides. Elles sont toutes belles, chacune à sa manière. Il se promène, de places en places, de parcs en parcs, et contemple la féminité. Une blonde, coupe au carré, le dépasse à un passage piéton. Il la rattrape, ajuste son allure, et la suit. Il dévore ses courbes. Elle porte un jean un peu serré qui laisse deviner sa culotte, des ballerines plates qui ne font pas de bruit, une veste de tailleur ajustée. Elle n’a pas de foulard ou d’écharpe, rien autour du cou. Ainsi, quand elle marche de son allure rapide, ses cheveux se soulevant au rythme de ses pas, sa nuque se découvre et se cache à intervalle régulier. Tout un monde, de douceur lactée, de fragrances féminines, de baisers déposés, qui s’offre à lui, puis disparait soudain, puis se présente à nouveau. Cela l’envoute. Il marche de plus en plus près. Mais tout à coup elle pousse la porte d’un immeuble sur sa gauche et est happée par le bâtiment haussmannien. Il ne la suit pas. Il a presque pu percevoir son parfum… Un groupe de jeunes filles, des étudiantes peut-être, passe à sa hauteur. Il prend leur chemin. Il reste plus en retrait cette fois, elles sont plusieurs. L’une porte une robe sous une veste en cuir. Ses collants noirs dévoilent ses jambes longues et fines. Elle a des baskets, sa démarche est sportive. Sa robe découvrent l’arrière de ses cuisses, un peu plus à chaque mouvement. Un petit trou apparait, en haut de la jambe droite, le collant y est filé sur quelques centimètres. On voit la peau, il peut deviner le duvet hérissé par les courants d’air du mois d’avril, la chair de poule sur cette peau de femme. Il s’est approché un peu trop prés. Une petite pause et il se remet en route. Deux des jeunes filles se retrouvent en retrait du groupe. L’une porte un trench qui camoufle sa silhouette mais la seconde est en jean basket avec un petit cuir. Côte à côte, leurs démarches se synchronisent. Elles discutent entre elles, évitent les passants sans interrompre leur conversation, se faufilent, aériennes, comme des papillons qui butinent. Le groupe rentre dans un magasin, c’en est fini de sa contemplation. Il décide de prendre un café en terrasse. L’après-midi est ensoleillée et malgré la bise tout le monde est dehors. Il les regarde passer. Certaines semblent pressées et passent à toute allure, d’autres flânent tranquillement. Working girls, étudiantes, jeunes mamans, sportives, bobos… « On voudrait toutes les croquer n’est-ce pas ? ». Il est surpris par cette voix sortie de nulle part. Une femme, un sourire étincelant accroché à son visage rond, décolleté plongeant sur sa forte poitrine, assise à la table juste à côté, vient de l’interpeller. Il blêmit, terrorisé. Elle lâche un éclat de rire tonitruant : « Ahahahah ! Excusez-moi, je ne voulais pas vous embarrasser, j’ai simplement remarqué vos regards émerveillés et je trouve ça craquant, pardonnez-moi… ». Son teint qui avait tourné au blanc livide passe soudain au rouge écarlate. Elle ne sait pas qu’il ne peut pas lui répondre. Il lui sourit, gêné, et fait ce geste qu’il reproduit des dizaines de fois par jour. Il pointe sa bouche du doigt et croise deux doigts devant celle-ci, en forme de croix. Il enchaine en signant, « Je suis muet, mais je vous entends », en sachant qu’elle ne comprendra pas. Et enfin il sort son carnet et écrit la même phrase. Il n’ira pas beaucoup plus loin. Il lui a répondu par politesse mais il est bien trop timide pour enchaîner sur une conversation qui serait bien fastidieuse selon lui. Elle ne paraît pourtant pas gênée et s’excuse puis cherche à entamer un échange. Mais il coupe court. Lorsqu’elle finit son café et s’en va, il la regarde s’éloigner dans la rue. Comme toutes ces femmes, croisées dans la rue, il n’a pas osé aller plus loin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *