Masqué

Le masque lui donne chaud quand même. C’était l’idée de Mik ça putain. Fallait pas l’écouter Mik, il le savait dès le départ. C’est lui qui lui a donné cette idée. Cette idée de génie qui allait les sortir de la merde. Ben ouais mais qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? C’est pas avec le RSA qu’il va nourrir la gamine et encore moins l’emmener à Disneyland. Bref, ce masque c’était une idée de merde, comme tout ce qui va avec d’ailleurs. Ça va que la vitesse de la mobylette le rafraîchit. Mais quand il va descendre, il va sûrement suer à mort là-dessous. Et le sac, oh bordel le sac. L’énorme sac qui tient mal en équilibre derrière lui et qu’il est obligé de recaler toutes les deux minutes. Il va avoir un accident avant même d’arriver sur place. Il pense à Mik entrain de lui dire, son cul de joint aux lèvres, que c’est un plan en or, le moyen de se faire un peu de thune rapidement, sans pression. Sans pression mon cul ouais. S’il rate son coup, c’est son dernier espoir qui s’envole. P’tain ce masque est trop chiant. Il a hésité, au début il voulait le mettre une fois là-bas. Parce que la route avec ça sur la tête merci hein… Mais il a peur d’être reconnu par quelqu’un en arrivant. Même si c’est pas le genre de quartier où il connait du monde. Les jolis pavillons de banlieue, tous rangés et alignés, des belles couleurs fraîches, des jardins derrière, des voitures neuves garées devant. Lui aussi il habite en banlieue, mais pas la même hein. Ahahah nan pas la même ! Il rigole sous son masque, nerveusement, en pensant à ça. Sa banlieue elle est terne, c’est bien aligné aussi mais c’est des barres d’immeubles, à l’infini, que quand tu regardes par la fenêtre de ton HLM, le seul truc qui stop ton regard c’est le périph’. C’est pour ça qu’il fait ça, pour sortir sa princesse de là. La mère de la petite elle a dit que c’était pas une bonne idée. Mais elle fait quoi elle, à part toucher ses allocs et se payer ses manucures avec ? Bref, il veut pas penser à cette conne maintenant. Faut rester concentré. C’est Mik qu’a dit ça. Mais il est sérieux lui aussi ? Il lance des idées comme ça, il monte les plans et quand faut y aller c’est jamais lui qui met les deux mains dans la merde. Enfin, tant mieux, ça fera plus de fric pour lui, Mik touchera rien sur le coup de cet après-midi. Il devra faire le sien s’il veut quelque chose. Il est bientôt arrivé. Ça commençait à faire long, la route en mobylette. Le retour ira plus vite il espère. Enfin faut pas penser à ça maintenant. Faut penser à ce qu’il a à faire, pas se montrer hésitant, donner l’impression d’être un pro. Si ça marche, et qu’il se fait une belle somme, il pourra recommencer c’est sûr. Pas trop souvent, mais de temps en temps comme ça. Si tout se passe bien. Pour ça faut qu’il assure. Faut pas qu’il panique, surtout avec les gamins bordel. C’est ça le problème, les gamins. La sienne il sait la gérer, mais quand c’est ceux des autres il y arrive plus trop. Mais ça ira. Avec son masque ça ira. Oh bordel le masque bouge, il y voit que dalle à la route ! Il vient de griller un feu sans même s’en rendre compte… Pas d’importance, il est quasiment arrivé. Il vérifie le numéro à un dernier feu rouge, tout est sur son téléphone. Ça c’est pas top, mais tu veux faire comment sinon… Allez, il y est. Il se dépêche. Gare la bécane. Il enfile la combi, il ajuste le masque. Il met le sac bien comme il faut, pour pas qu’il le gène. Il sort le pistolet et vérifie qu’il est bien chargé. C’est partit. C’est un pavillon de banlieue. On entend des enfants jouer dans le jardin. Des ballons sont accrochés à la boîte aux lettres. Un anniversaire. Il s’approche de la porte, prend une grande inspiration, vide ses poumons et appuie sur la sonnette. Plus qu’à faire tout comme le pote de Mik lui a montré. Rester concentré mais pas tendu. Ça va aller.

« Bonjour ! ». La porte s’est ouverte sur une mère de famille tout sourire. Une tâche sur le haut de son chemisier, mais à part ce détail elle est impeccable. Elle sent bon, il le perçoit d’ici, comme la baraque d’ailleurs et ça a l’air propre et immense depuis la porte d’entrée. « Allez-y entrez, on n’attendait plus que vous ! – Eh ben me voilà ! Désolé pour ce petit retard, j’ai eu un contretemps. – Il n’y a aucun souci, les enfants ont eu le temps de jouer ensemble en vous attendant, c’est parfait ! ». Super, elle est pas énervée. Il a dix minutes de retard alors il flippait un peu. La femme l’accompagne jusqu’au jardin où les enfants se courent après. Il y a de la déco un peu partout, sur le thème du cirque. Il est surpris quand il voit le lama dans le jardin. Carrément. Ces gens ont de la thune. Faire tout ça pour un gamin de sept ans bordel… Allez, au boulot. « Bonzour les enfants !!! C’est Pantoufle le clown !!! ». Il dégaine le pistolet à eau et lance une salve dans les airs. Les gamins sont ravis, ils éclatent de rire et leurs yeux pétillent. Son stress s’est envolé, il est détendu. Pendant trois heures, il fera le clown pour les enfants. Il a le matos, le pote de Mik lui a prêté les ballons, les chiffons pour la magie, etc. Il partagera le gâteau avec les petits, en continuant à faire son numéro bien sûr. A la fin, la maman le remercie avec insistance, elle est satisfaite de sa prestation, n’hésitera pas à filer son numéro à ses connaissances, bla bla bla. Elle lui file le paquet de fric. C’est tout ce qu’il attendait. Trois cent balles pour une après-midi de boulot, on aura jamais vu ça. Il rentre peinard sur sa mobylette, clope au bec, en imaginant ce qu’il va payer à sa poupée avec cet argent.

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